vendredi 8 mai 2015

Ramata
d'Abasse Ndione

       Né en décembre 1946 au Sénégal dans un village traditionnel de pêcheurs à trente-cinq kilomètres de Dakar, infirmier d’État, Abasse Ndione a publié aux Nouvelles Éditions Africaines La vie en spirale, ensuite repris en Série Noire. Ramata, paru en 2000, confirme le talent d'un romancier dénonçant par ses histoires la corruption, le mensonge et l'injustice. Ce roman raconte ainsi la vie et les aventures d'une femme vicieuse, Ramata, dans la ville de Dakar.

PROLOGUE

          Non loin de Dakar, le matin du samedi 3 avril, la veille de la fête nationale, Diodio, la patronne du bar Brise de Mer, retrouve le corps inerte d'une vielle femme morte, surnommée Jolie Madame, à cause d'une tempête nocturne qui a inondé les rues et ravagé une grande partie des habitations proches de la mer. Le narrateur, un habitué du Brise de Mer, apprend la nouvelle en voulant boire un verre. Gobi, un vieux rat de bar, connaît l'histoire de cette vielle dame et propose de le lui la raconter contre un verre de vin. C'est ainsi que cet homme découvre, fasciné, l'histoire surprenante de cette vielle femme


RIEN QU'UN GARDIEN

        Gobi raconte comment le destin d'un bon et juste gardien, Ngor Ndong, a été mêlé à celui de la Jolie Madame qui s'appelait en réalité Ramata Kaba. Ramata était une déesse vivante et l'épouse du procureur général, Matar Samb. Baignant dans la richesse, elle était très capricieuse et avait appris à mentir pour être toujours bien vue.
        Un jour, voulant se rendre chez son gynécologue le professeur Gomis avec lequel elle entretenait une liaison adultère, Ramata se voit refuser le passage par le gardien de la maternité de l'hôpital Le Dantec car elle ne possède pas de laissez-passé. Indignée par le fait qu'un gardien ose ne pas lui obéir, Ramata l'attaque avec ses talons sous les yeux d'une foule en attente de l'heure de visite. Revenant en pleures auprès de son mari, elle lui raconte qu'elle a été agressée par le gardien. Tout de suite, Matar Samb envoie des policiers le chercher. Ngor Ndong, à peine ressorti de l'infirmerie, est confronté à des policiers qui, le voyant retentissant à les accompagner au commissariat, le rouent de coups jusqu'à lui ôter la vie.
         Dès que Matar Samb apprend la mort du gardien par son ami le professeur Gomi, le directeur de l'hôpital, il sait qu'elle fera scandale et portera atteinte à sa carrière. Il appelle alors un vieil ami, Jackson, qui dit pouvoir étouffer cette affaire avec quinze millions de FCFA en un weekend, avant qu'elle ait le temps de se répandre. Avec quelques tours de ruses, des faux témoignages, un médecin légiste corrompu et l'usage alléchant de l'argent, Jackson récupère plus de la totalité de la somme. Cependant, plus tard, à cause d'un ex enragé de son amante, il finit par mourir dans la solitude qu'un invalide peut avoir.


VINGT ANS APRES, NGOR NDONG ET RAMATA KABA...

       Deux décennies plus tard, Ramata toujours ravissante malgré les années passées, devient grand-mère. Elle va donc rendre visite à sa fille, Dieynaba, à la maternité de l'hôpital Le Dantec et à son mari, le fils du professeur Gomis. Pour rentrer chez elle, Ramata décide de prendre un taxi sans savoir que cette décision changera sa vie. Le chauffeur de taxi n'a en effet pas l'intention de la ramener chez elle, il la mène dans un lieux obscur et isolé ignorant ses cris de menaces. Impuissante, Ramata se fait violer et éprouve, paradoxalement et pour la première fois, enfin du plaisir. En se relevant de sa pâmoison, Ramata trouve sur une boîte d'allumettes le nom de son libérateur qu'elle cherchera sans fléchir jusqu'à le trouver à Sangalcam dans un bar, le Copacabana avec des liasses de billets provenant d'objets volés et revendus: Ngor Ndong.


DESTINEES

      En mourant, Ngor Ndong laisse une femme enceinte d'un garçon qui portera le même nom que son père et qui, vingt ans plus tard, volera un taxi et violera Ramata. Sa femme se remarie avec son frère, Mbagnick Ndong, qui sombrera dans l'alcool et deviendra agressifs envers sa propre famille. Le petit Ngor Ndong grandira avec une relation à la mort assez particulière. Étant enfant, il retrouve le corps d'une camarade noyée lors d'une baignade. En grandissant il osera se mesurer au mari de sa mère qui lui a toujours fait honte et qu'il a commencé à détester encore plus lorsque ce dernier, qui est en vérité son oncle, s'est mis à battre sa mère.
      Un soir après avoir vu sa mère dans le lit d'un commerçant, il décide de tuer son amant en utilisant son lance-pierres. Ensuite il emprisonne un serpent qu'il relâche dans la chambre de son oncle et de sa mère, pour lesquels il n'a plus aucune estime, pendant leur sommeil, ce qui leur vaudra la mort.
      Ngor Ndong, orphelin, devient un bandit et se retrouve incarcéré plusieurs fois. Pendant ses années, il s'abandonne aux vices du Copacabana et se fait une nouvelle famille parmi les clients.

      Ramata se marie très rapidement avec Matar Samb. Ils se rencontrent dans une manifestation d'étudiants où il lui évite les grenades lacrymogènes des GMI(/police). C'est le coup de foudre pour Matar Samb qui décide de l'épouser le plus tôt possible. Après avoir convaincu son tuteur, gonflé la dot et noyé Ramata de cadeaux, le mariage est vite fait prévu peu après l'examen de fin d'année de sa future femme. Cependant Ramata n'est pas heureuse car elle cache au plus profond d'elle un lourd secret.
        C'est à l'âge de douze ans qu'elle se fait excisé par trois vielles dames qui la détiennent en otage avec d'autres filles des son village afin de leur enseigner par la violence, le rôle des « parfaites » femmes qu'elles devront occuper à l'avenir. La vue des trois sorcières et les leçons apprises sous leurs coups impitoyables suivront Ramata au cour de sa vie mais c'est lorsqu'elle apprend qu'elle est insensible que Ramata multipliera les amants en plus de son mari et de son gynécologue. Ces efforts seront en vain, elle est diagnostiquée frigide et n'a jamais rien éprouvé jusqu'à sa rencontre avec Ngor Ndong.

      Un soir, pendant que Matar Samb écrit un discours, il reçoit un appel venant de la brigade de Rufisque. Croyant sa femme à Kaolack depuis deux semaines pour se procurer un soit disant grigri pour son petit-enfant, Matar Samb apprend qu'elle a été retrouvée ivre dans un bar appelé le Copacabana dans une position très compromettante avec Ngor Ndong qu'elle lui avait décrit comme un héros. Démoli, Matar Samb se rend à Rufisque.


ON MEURT TOUJOURS D'UNE CRISE CARDIAQUE

          Pendant ces deux semaines Ngor Ndong devient le captif de Ramata. Elle veut le dompter alors elle le mime pour qu'il assouvisse ses désirs hardant. Mais, enfermé dans sa villa, Ngor Ndong se renferme dans un mutisme et ne souhaite plus qu'une chose, retrouver sa liberté. Un soir Ramata accepte de sortir avec lui au Copacabana mais elle finit ivre et est victime d'un rafle.
Matar Samb l'apprend et réussit à libérer Ramata sans faire d'écho. Fatiguée de vivre dans le mensonge Ramata décide de tout avouer à son mari. Il apprend alors qu'elle est insensible, qu'il ne l'a jamais satisfaite, qu'elle ne l'a jamais aimé, qu'elle l'a toujours trompé avec d'autres hommes, qu'elle a toujours menti, que Ngor Ndong l'avait violé, qu'il était le seul à l'avoir comblé, qu'elle l'aimait lui et qu'elle était devenue son esclave. Matar Samb, sous le choque, voit son cœur lâcher et s'évanouit. A son réveil, complètement dépassé, il se pend avec une corde. Son ami, le professeur Gomi retrouve son corps et prévient la sœur de Matar Samb, DS, ainsi que Ramata.
        La famille de Matar Samb décide de camoufler le suicide et le faire passer pour une attaque cardiaque. Dès qu'elle le peut Ramata retourne au Copacabana et demande à la maîtresse des lieux, Golda Meir la mère de Diodio, où se trouve Ngor Ndong. Ramata est obsédée par son libérateur qui s'est en vérité enfuit avec ses amis Tiguis et Hobou. Pendant son absence Ramata perd la raison et alimente son espoir de le retrouver un jour en répétant sans cesse son prénom. Dans une nuit par désespoir, elle s'enfuit au Copacabana, dernier endroit où elle a vu l'homme qui hante ses pensées.


QUAND FLEURISSENT LES FLAMBOYANTS

       Ramata est introuvable et le professeur Gomis finit par mourir d'un A.V.C. . Après la disparition de Ramata, Gomis est selon lui le dernier survivant qui a été mêlée a l'affaire du gardien Ngor Ndong. Alors qu'il est très cartésien, il s'interroge sur sa destinée et est convaincu qu'il est victime d'une force vengeresse.
      Ramata s'installe au Copacabana et attend tous les jours, immobile, le retour de Ngor Ndong. Néanmoins lorsque les flamboyants fleurissent elle appelle sans cesse ce dernier et refuse de manger et de dormir. Après trois ans dans le Copacabana, Ramata a enfin des nouvelles de Ngor Ndong grâce à son ami Tiguis : Il est mort dans des conditions atroces et lui rend sa chaîne en or.

        Le suicide de Matar Samb est déclaré dans le quotidien, l'Oeil du Témoin. DS ne tarde pas à faire éliminer la source qui es en fait l'ex-gardien de la maison de Matar Samb, et de faire que le journal revienne sur ses mots.

           Grâce aux cinq millions de Ramata, Golda Meir et Diodio emménagent avec Ramata au Brise-Mer et reprennent leur commerce. Ramata prend l'habitude de regarder au loin sa villa où elle a connu jadis, le temps de deux semaines, un plaisir si intense qu'elle ne goûtera jamais plus. Emmuré dans son mutisme, immobile, Ramata passe ses journées près du barrage de la cour qui la sépare de la mer et parfois passe ses nuits au pied du mur, comme cette nuit là, le veille de la fête nationale.  

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