Le
réalisme se caractérise par une volonté de représenter dans un
texte littéraire la réalité dans toutes ses dimensions. Il faut
qu'il y ait une réalité sociale, humaine, psychologique,
spatio-temporelle etc. Pour cela l'auteur doit auparavant s'être
documenté pour pouvoir fournir au lecteur une description complète,
la plus fidèle possible. C'est ainsi que nous reconnaissons les
récits réalistes, lorsque les lieux où se déroule l'action
existent. Voilà une des raisons qui nous pousseraient à qualifier ce
roman de réaliste ; en effet des lieux réels tels que « l'île
de Gorée », « Thiès », « St Louis »
ou encore « l'hôpital Aristide-Le Dantec » habitent le
roman.
Abasse
Ndione offre un cadre spatial mais aussi temporel à ses personnages, toujours dans la quête de réalisme. Nous pouvons relever nombreuses
références à l'histoire du Sénégal se présentant sous la forme
de quelques anecdotes en aparté qui traitent de divers sujets allant de la
période pré-coloniale aux actions du président poète Léopold
Sédar Senghor. Ce souci de réalité se traduit aussi par des
événements réels auxquels les personnages auraient été témoins, par exemple, la manifestation organisée par « l'Union
démocratique des étudiants de Dakar pour protester contre la mort de
trois de ses dirigeants ».
Les
personnages, bien que fictifs, sont conditionnés dans des milieux
réels, avec des objets réels (« La Gazelle, Coca-Cola, Mark
Diallo ou Spark? ») et appartiennent à des classes sociales réelles.
Le réalisme repose pour la plupart du temps sur la vie de l'humanité
moyenne mais il peut parfois nous glisser dans le quotidien des
hautes classes sociales ; comme l'a écrit Raphaël, Ramata
nous confie les « intrigues d'une population riche et
dirigeante ». Ainsi nous essayons de comprendre le caractère
humain en suivant l'acheminement mental réalisé par certains
personnages comme celui de Ramata et en ressentant leurs sensations,
leurs états d'esprit grâce au point de vue omniscient que nous
offre le roman.
Le
but suprême du romancier est donc de représenter le réel, tout le
réel. Cela va des petits gestes sans importance des personnages aux
côtés les plus obscurs ou secrets de la société. L'auteur
n’atténue pas la réalité, il n'essaie pas de la camoufler ou de
l'embellir, il la prend en son intégralité et déverse ses détails
qu'ils soient agréables ou repoussants. Pareillement, dans Ramata,
on ne cache pas l'excision, la pauvreté, la corruption,
la saleté de certains milieux contrastant avec la beauté d'autres,
la cupidité, l'abus, les injustices, la tromperie, etc. comme l'a
signalé Rajahakar. L'auteur, indirectement, expose
certaines réalités afin qu'elles soient jugées, ainsi, à travers
la narration de Gobi, Abasse Ndione peut dénoncer certains aspects du Sénégal
et adresser, de cette façon, une critique plus générale.
Le
réalisme de Ramata est parfois remis en question par le
manque d'objectivité dans le récit, notamment dans les descriptions
parfois idylliques de Ramata comme l'a souligné Massi Chevaux
Doundeu où le recours à des « expressions hyperboliques »
est recourant comme Marie-Liesse l'a relevé. Hors le projet réaliste
en lui-même est ambigu et l'on doit tricher avec le réel. L'auteur
est mené à faire quelques choix au niveau de sa rédaction en
mettant en valeur certains aspects de la réalité (beauté de
Ramata) plus que d'autres. Le lecteur doit voir Ramata comme les
personnages du roman pour pouvoir comprendre leurs comportements. C'est pour cela que son portrait est exagéré volontairement car
l'auteur veut nous imposer cette vision de Ramata. Il est vrai qu'en
prenant cette liberté il s'éloigne de l'objectif de réalisme avant tout, mais
il faudrait se poser la question, bien que le point de vue soit
omniscient, est-ce que le narrateur est extérieur à l'histoire ou
intérieur. Si nous admettons qu'il est intérieur alors une certaine
subjectivité est admise car l'histoire se déroulerait selon le
point de vue de Gomis* et serait rapportée par le narrateur.
Le
roman Ramata est réaliste par sa volonté de peindre la réalité le
plus fidèlement possible mais sa subjectivité, tout de même
présente, nous mène à en douter et à nous poser la question au sujet du point
de vue de l'histoire. Il serait cependant intéressant en plus de
nous baser sur notre ressenti, d'analyser l'incipit afin de voir si
la tonalité réaliste est belle et bien présente et présentée dès
le début du roman.
*une
qs se pose toujours : comment Gomis aurait hérité de cette
histoire ?
Nolwenn.
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