mercredi 22 avril 2015

Ramata, un souci de point de vue...

         Lorsque nous pensons au réalisme nous faisons référence au courant littéraire qui s'est épanoui dans la seconde moitié du XIX ème siècle en opposition au romantisme. Cependant un roman contemporain peut appartenir au registre réaliste, qui, lui, englobe tous les textes qui visent à reproduire la réalité. Ramata a été écrit en 2000 par l'écrivain sénégalais Abasse Ndione. Nous nous poserons la question suivante : En quoi pouvons-nous dire de ce roman qu'il est réaliste ? Pour répondre à cette question nous rappellerons par quoi est caractérisé le roman réaliste et parallèlement nous aborderons le réalisme de Ramata.



       Le réalisme se caractérise par une volonté de représenter dans un texte littéraire la réalité dans toutes ses dimensions. Il faut qu'il y ait une réalité sociale, humaine, psychologique, spatio-temporelle etc. Pour cela l'auteur doit auparavant s'être documenté pour pouvoir fournir au lecteur une description complète, la plus fidèle possible. C'est ainsi que nous reconnaissons les récits réalistes, lorsque les lieux où se déroule l'action existent. Voilà une des raisons qui nous pousseraient à qualifier ce roman de réaliste ; en effet des lieux réels tels que « l'île de Gorée », « Thiès », « St Louis » ou encore « l'hôpital Aristide-Le Dantec » habitent le roman.

        Abasse Ndione offre un cadre spatial mais aussi temporel à ses personnages, toujours dans la quête de réalisme. Nous pouvons relever nombreuses références à l'histoire du Sénégal se présentant sous la forme de quelques anecdotes en aparté qui traitent de divers sujets allant de la période pré-coloniale aux actions du président poète Léopold Sédar Senghor. Ce souci de réalité se traduit aussi par des événements réels auxquels les personnages auraient été témoins, par exemple, la manifestation organisée par « l'Union démocratique des étudiants de Dakar pour protester contre la mort de trois de ses dirigeants ».

         Les personnages, bien que fictifs, sont conditionnés dans des milieux réels, avec des objets réels (« La Gazelle, Coca-Cola, Mark Diallo ou Spark? ») et appartiennent à des classes sociales réelles. Le réalisme repose pour la plupart du temps sur la vie de l'humanité moyenne mais il peut parfois nous glisser dans le quotidien des hautes classes sociales ; comme l'a écrit Raphaël, Ramata nous confie les « intrigues d'une population riche et dirigeante ». Ainsi nous essayons de comprendre le caractère humain en suivant l'acheminement mental réalisé par certains personnages comme celui de Ramata et en ressentant leurs sensations, leurs états d'esprit grâce au point de vue omniscient que nous offre le roman.

         Le but suprême du romancier est donc de représenter le réel, tout le réel. Cela va des petits gestes sans importance des personnages aux côtés les plus obscurs ou secrets de la société. L'auteur n’atténue pas la réalité, il n'essaie pas de la camoufler ou de l'embellir, il la prend en son intégralité et déverse ses détails qu'ils soient agréables ou repoussants. Pareillement, dans Ramata, on ne cache pas l'excision, la pauvreté, la corruption, la saleté de certains milieux contrastant avec la beauté d'autres, la cupidité, l'abus, les injustices, la tromperie, etc. comme l'a signalé Rajahakar. L'auteur, indirectement, expose certaines réalités afin qu'elles soient jugées, ainsi, à travers la narration de Gobi, Abasse Ndione peut dénoncer certains aspects du Sénégal et adresser, de cette façon, une critique plus générale.




        Le réalisme de Ramata est parfois remis en question par le manque d'objectivité dans le récit, notamment dans les descriptions parfois idylliques de Ramata comme l'a souligné Massi Chevaux Doundeu où le recours à des « expressions hyperboliques » est recourant comme Marie-Liesse l'a relevé. Hors le projet réaliste en lui-même est ambigu et l'on doit tricher avec le réel. L'auteur est mené à faire quelques choix au niveau de sa rédaction en mettant en valeur certains aspects de la réalité (beauté de Ramata) plus que d'autres. Le lecteur doit voir Ramata comme les personnages du roman pour pouvoir comprendre leurs comportements. C'est pour cela que son portrait est exagéré volontairement car l'auteur veut nous imposer cette vision de Ramata. Il est vrai qu'en prenant cette liberté il s'éloigne de l'objectif de réalisme avant tout, mais il faudrait se poser la question, bien que le point de vue soit omniscient, est-ce que le narrateur est extérieur à l'histoire ou intérieur. Si nous admettons qu'il est intérieur alors une certaine subjectivité est admise car l'histoire se déroulerait selon le point de vue de Gomis* et serait rapportée par le narrateur.



     Le roman Ramata est réaliste par sa volonté de peindre la réalité le plus fidèlement possible mais sa subjectivité, tout de même présente, nous mène à en douter et à nous poser la question au sujet du point de vue de l'histoire. Il serait cependant intéressant en plus de nous baser sur notre ressenti, d'analyser l'incipit afin de voir si la tonalité réaliste est belle et bien présente et présentée dès le début du roman.



*une qs se pose toujours : comment Gomis aurait hérité de cette histoire ? 

Nolwenn.

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