jeudi 9 avril 2015

Quelles images de l'héroïne proposent-elles ? Quelle image correspond le plus à votre parcours de lecture du roman?



De toutes les premières de couverture je considère que la plus fidèle à mon estime de Ramata est celle-ci.

Je me vois donc obligée de m'arrêter sur la question du maquillage. Pour reprendre le propos de Raphael Grebert au sujet du maquillage « exagéré » de Ramata qui serait d'après lui « une erreur » ou encore l'avis de Marthe qui estime que le maquillage « gâcherait le côté sauvage », je rejoins seulement l'opinion de massi sur le fait que cela « n'est pas forcément une erreur », mais je ne soutiens pas les même raisons.
Selon moi le maquillage de Ramata est tout à fait pertinent car il rappelle tout d'abord le première vision que les personnages ont au sujet de cette femme, quelqu'un qui aurait une allure presque toujours impeccable, reflétant l'avantage de sa condition sociale. Les reflets métalliques du maquillage soulèverait l'aspect imperméable et froid de la personnalité de Ramata qui n'est aucunement atteinte par les conséquences de ses caprices et ne ressent, à aucun moment du roman, ne serait-ce qu'un soupçon de culpabilité. A ce sujet, je rejoins Manon Chabs, Ramata est égoïste, ne pense qu'à sa satisfaction personnelle, considère les autres avec supériorité ( elle pense en effet que Ngor Ndong sera satisfait grâce à la fortune qu'elle lui cède ) et agit de manière préméditée dans le seul but d'assouvir ses propres envies. 
Mais ce maquillage est à la fois une imposture car celui-ci couvre le visage de Ramata. Légèrement avancé, mettant en avant ses yeux de prédatrice comme l'a souligné moha diatta , son maquillage traduit sa personnalité, en effet Ramata est vue comme un ange dans son entourage, elle se soumet aux influences de la société, se maquille, se fond dans la masse, elle ne montre que ce qu'elle désire montrer d'elle-même. Pour finir ce maquillage révèle quelques imperfections presque indiscernables, il déborde vers la commissure de ses lèvres, dégouline sous ses yeux et suit quelque part le détraquement intérieur progressif de Ramata. Pour répondre à ses envies Ramata se cache derrière le mensonge et cette pratique nécessite un contrôle complet de soi, hors Ngor Ndong la confronte à une situation inconnue à ses yeux, quelqu'un ose enfin ne pas céder à ses plans. Elle est désemparée et cela a failli détruire son image ce que je rallie aux imperfections dans son maquillage.

Je suis en désaccord avec les élèves qui ont choisi la couverture où Ramata est représentée nue. Si je devais raccorder cette image à une scène du livre je ferais référence au moment ou la redoutable manipulatrice n'est plus maître de tout. Pour moi ce moment représente Ramata dans la villa qu'elle a offerte à Ngor Ndong, lorsqu'elle commence à devenir dépendante de cet homme. Elle baisse les yeux, signe de son infériorité et de son impuissance face à sa situation. Elle est attristée, piégée par sa quête de satisfaction, regarde la place vide de son amant et commence à sombrer. Cependant je ne pense pas que ce moment soit le plus représentatif de l'héroïne car avant d'être esclave de ses propres désirs Ramata tient son entourage par les ficelles et contrôle à la perfection ses émotions (c.f. Suicide de son mari). Cette couverture, à mes yeux exprime davantage la deuxième partie du roman et comme l'a si bien dit Anta Dieng , Ramata est « ornée d'un unique collier de grosse perle et d'un pagne », habillement qu'elle porte à sa mort. Cette première de couverture s'attarde donc plus sur le début de sa perdition, Ramata est déjà condamnée.

Au sujet de la couverture sur laquelle Ramata est représentée de profil sur un fond blanc mais face à une lumière bleutée, j'adhère à l'interprétation de Jeanne Boutbien qui rallie cette couverture à la mort de Ramata. «  En effet, la couleur bleue représente le froid et on pourrait imaginer que Ramata se trouve face à la mer, elle semble inspirait profondément. Ce sont là les circonstances exactes de sa mort : cette dernière est morte de froid, en regardant l'océan... » Cependant je ne suis pas d'accord avec Rajah Akar lorsqu'il parle de la simplicité du visage de Ramata qui ne chercherait qu'un bonheur simple, je pense que Ramata ne doit pas non plus être victimisée. 

La représentation de la première de couverture blanche, comme plusieurs l'ont déjà signalé, fait penser à l'atteinte de la quête de Ramata.

Enfin pour moi, la couverture correspondant le plus à Ramata est la seule où elle est représentée maquillée et ne dévoilant qu'un côté de son visage. Je ne suis pas d''accord avec l'avis qui dirait que Ramata aurait de la haine dans les yeux ou l'air « méchante » ou voudrait se venger : Ramata n'est confrontée qu'à elle même et ce n'est pas un désir de vengeance ( d'ailleurs se venger de qui?) qui la hante. J'aime cette couverture car à mon avis le côté qui est représenté est la partie sournoise et empoisonnée de Ramata que seul le lecteur a le droit de connaître. Tel un cadeau, grâce au narrateur, le lecteur devient omniscient et, différemment de l'entourage de Ramata, il connaît et essaye de comprendre qui est Ramata et pourquoi elle est telle qu'elle est.


PS : je crois, si mes souvenirs sont bons que l'auteur n'a pas une grande influence sur la décision de la première de de couverture et que cela revient à la maison d'édition ;)


Nolwenn




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