Quelles
images de l'héroïne proposent-elles ? Quelle image correspond le
plus à votre parcours de lecture du roman?
De
toutes les premières de couverture je considère que la plus fidèle
à mon estime de Ramata est celle-ci.
Je
me vois donc obligée de m'arrêter sur la question du maquillage.
Pour reprendre le propos de Raphael
Grebert au sujet du maquillage « exagéré » de
Ramata qui serait d'après lui « une erreur » ou encore l'avis
de Marthe qui estime que le maquillage « gâcherait le côté
sauvage », je rejoins seulement l'opinion de massi sur
le fait que cela « n'est pas forcément une erreur »,
mais je ne soutiens pas les même raisons.
Selon
moi le maquillage de Ramata est tout à fait pertinent car il
rappelle tout d'abord le première vision que les personnages ont au
sujet de cette femme, quelqu'un qui aurait une allure presque
toujours impeccable, reflétant l'avantage de sa condition sociale.
Les reflets métalliques du maquillage soulèverait l'aspect
imperméable et froid de la personnalité de Ramata qui n'est
aucunement atteinte par les conséquences de ses caprices et ne
ressent, à aucun moment du roman, ne serait-ce qu'un soupçon de
culpabilité. A ce sujet, je rejoins Manon
Chabs, Ramata est égoïste, ne pense qu'à sa satisfaction
personnelle, considère les autres avec supériorité ( elle pense en
effet que Ngor Ndong sera satisfait grâce à la fortune qu'elle lui
cède ) et agit de manière préméditée dans le seul but d'assouvir
ses propres envies.
Mais ce maquillage est à la fois une imposture
car celui-ci couvre le visage de Ramata. Légèrement avancé,
mettant en avant ses yeux de prédatrice comme l'a souligné moha
diatta , son maquillage traduit sa personnalité, en effet
Ramata est vue comme un ange dans son entourage, elle se soumet aux
influences de la société, se maquille, se fond dans la masse, elle
ne montre que ce qu'elle désire montrer d'elle-même. Pour finir ce
maquillage révèle quelques imperfections presque indiscernables, il
déborde vers la commissure de ses lèvres, dégouline sous ses yeux
et suit quelque part le détraquement intérieur progressif de
Ramata. Pour répondre à ses envies Ramata se cache derrière le
mensonge et cette pratique nécessite un contrôle complet de soi,
hors Ngor Ndong la confronte à une situation inconnue à ses yeux,
quelqu'un ose enfin ne pas céder à ses plans. Elle est désemparée
et cela a failli détruire son image ce que je rallie aux
imperfections dans son maquillage.
Je
suis en désaccord avec les élèves qui ont choisi la couverture où
Ramata est représentée nue. Si je devais raccorder cette image à
une scène du livre je ferais référence au moment ou la redoutable
manipulatrice n'est plus maître de tout. Pour moi ce moment
représente Ramata dans la villa qu'elle a offerte à Ngor Ndong,
lorsqu'elle commence à devenir dépendante de cet homme. Elle baisse
les yeux, signe de son infériorité et de son impuissance face à sa
situation. Elle est attristée, piégée par sa quête de
satisfaction, regarde la place vide de son amant et commence à
sombrer. Cependant je ne pense pas que ce moment soit le plus
représentatif de l'héroïne car avant d'être esclave de ses
propres désirs Ramata tient son entourage par les ficelles et
contrôle à la perfection ses émotions (c.f. Suicide de son mari).
Cette couverture, à mes yeux exprime davantage la deuxième partie
du roman et comme l'a si bien dit Anta
Dieng , Ramata est « ornée d'un unique collier de
grosse perle et d'un pagne », habillement qu'elle porte à sa
mort. Cette première de couverture s'attarde donc plus sur le début
de sa perdition, Ramata est déjà condamnée.
Au
sujet de la couverture sur laquelle Ramata est représentée de
profil sur un fond blanc mais face à une lumière bleutée, j'adhère
à l'interprétation de Jeanne
Boutbien qui rallie cette couverture à la mort de
Ramata. « En
effet, la couleur bleue représente le froid et on pourrait imaginer
que Ramata se trouve face à la mer, elle semble inspirait
profondément. Ce sont là les circonstances exactes de sa mort :
cette dernière est morte de froid, en regardant
l'océan... » Cependant
je ne suis pas d'accord avec Rajah
Akar lorsqu'il parle de la simplicité du visage de Ramata
qui ne chercherait qu'un bonheur simple, je pense que Ramata ne doit
pas non plus être victimisée.
La
représentation de la première de couverture blanche, comme
plusieurs l'ont déjà signalé, fait penser à l'atteinte de la
quête de Ramata.
Enfin
pour moi, la couverture correspondant le plus à Ramata est la seule
où elle est représentée maquillée et ne dévoilant qu'un côté
de son visage. Je ne suis pas d''accord avec l'avis qui dirait que
Ramata aurait de la haine dans les yeux ou l'air « méchante »
ou voudrait se venger : Ramata n'est confrontée qu'à elle même
et ce n'est pas un désir de vengeance ( d'ailleurs se venger de
qui?) qui la hante. J'aime cette couverture car à mon avis le côté
qui est représenté est la partie sournoise et empoisonnée de
Ramata que seul le lecteur a le droit de connaître. Tel un cadeau,
grâce au narrateur, le lecteur devient omniscient et, différemment
de l'entourage de Ramata, il connaît et essaye de comprendre qui est
Ramata et pourquoi elle est telle qu'elle est.
PS : je crois, si mes souvenirs sont bons que l'auteur n'a pas une grande influence sur la décision de la première de de couverture et que cela revient à la maison d'édition ;)
Nolwenn

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