mercredi 6 mai 2015

Un roman porteur d’un regard sur le monde contemporain

En lisant le roman Ramata, le lecteur assiste à la vision que porte Abass Ndione sur le monde contemporain. Dans ce livre, l’auteur sénégalais dénonce sans arrêt les méfaits de la société sénégalaise, des coutumes ou traditions et de la vie dakaroise en général, en les introduisant minutieusement dans diverses péripéties de l’histoire.
Il ne faut pas oublier que l’histoire de Ramata Kaba est contée indirectement par un ivrogne, dans le bar « Brise de mer » où l’héroïne est décédée la nuit précédente. Si le roman est conté à travers la voix d’un homme désœuvré,  qui passe ses journées à chercher des cigarettes et à boire, c’est bien que l’auteur souhaite montrer, dès le début du roman, la misère à laquelle sont réduits certains sénégalais. D’ailleurs, l’alcool est un sujet très présent dans le roman d’Abass Ndione. En effet, ce  personnage n’est pas le seul alcoolique que l’on rencontre au cours du roman : le frère de Ngor Ndong est aussi en proie à l’alcool, Ramata elle même finit par adorer le vin au point d’en boire des quantités considérables, et puis, le bar « Copacabana »,  lieu insalubre plein d’alcooliques joue un rôle majeur dans le roman. En effet, bien que Ramata soit riche et mène une vie luxueuse, c’est dans cet endroit pauvre et rustique qu’elle retrouve Ngor Ndong, qu’elle l’attend jusqu’à y mourir. Ainsi, à travers l’alcool, l’auteur expose les misérables vies de tous ceux qui tombent dans ce cercle vicieux qu’est l’alcoolisme.
Mais ce ne sont pas que des points négatifs que l’on peut relever quand à la vie contemporaine qui est dépeinte dans le livre.
En effet, des personnages tout à fait attachant sont décrits, tout comme le gardien Ngor Ndong, qui semble juste, honnête, et qui est présenté tel un brave homme qui s’applique rigoureusement à suivre les consignes de travail… On aimerait, en commençant le livre, pourvoir penser que ce sont ces personnes là qui feront avancer le roman, ces personnes là qui représenteront la société sénégalaise. Mais ce sont des personnages tels que Ngor Ndong qui seront par la suite victime de toutes ces choses que Abass Ndione cherche à dénoncer.
Pour commencer, l’abus de pouvoir et la corruption sont des thèmes qui ressortent clairement à la lecture du roman. Ramata pense que, en tant que femme du procureur général, elle devrait pouvoir rentrer dans l’hôpital à sa convenance. De plus, comme le souligne Léna,  « quand le commissaire Ibnou Faye découvre que Ramata est la femme de Matar Samb, il change de comportement et se met aussitôt à ses services ». Après son meurtre, c’est grâce à des billets de banque que  Jackson étouffe l’affaire, promettant notamment au frère de Ngor Ndong des millions de FCFA. Finalement, ce dernier finira, désillusionné, plus pauvre qu’avant et sans travail. La presse aussi apparaît corrompu, en particulier lors du passage concernant le journal « L’œil ».  La violence, la torture, le viol, les coutumes telles que l’excision, la pauvreté, le braconnage, l’alcoolisme… Abass Ndione dénonce tant de réalités dans son roman, qui, finalement, ne concernent pas uniquement son pays, le Sénégal.


Le style d’écriture de Abass Ndione :

Abass Ndione n’écrit pas dans un langage difficile à comprendre, bien qu’il emploi un vocabulaire soutenu et recherché.
De nombreux dialogues sont relatés dans le roman. Ils représentent d’ailleurs la majeure partie du livre. Dans ces passages où les personnages s’expriment par discours direct, il n’est pas rare que ces derniers emploient un vocabulaire plus ou moins soutenu et des phrases bien construites, même dans le cas de villageois ou banlieusards (comme le frère de Ngor Ndong). On peut en déduire que l’auteur « traduit » ce que les personnages auraient dit en wolof, peul, sérère… (d’ailleurs, on retrouve fréquemment des tournures de phrases typiquement wolof telles que « es-tu en paix ? »). Sinon, peut-être que Abass Ndione cherche simplement à rendre la lecture plus fluide en « arrangeant » ces passages de parole.

De plus,  certains mots comme « essencerie » (station essence) semblent être très rarement employés en littérature. Abass Ndione, lui, ne se prive pas de l’employer, comme à la page 209 « il passe à l’essencerie ». En réalité, ce mot, qui fait aujourd’hui partie du « français typiquement wolof », fait partie de la langue française grâce à Léopold Sedar Senghor.  Enfin, au début du roman, la pluie apparaît comme une sorte de « fil conducteur ». On remarque que le roman commence et donc termine sous la pluie, et que celle ci est présente presque tout au long du livre.

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