Un roman porteur d’un
regard sur le monde contemporain
En lisant
le roman Ramata, le lecteur assiste à la vision que porte Abass Ndione sur le
monde contemporain. Dans ce livre, l’auteur sénégalais dénonce sans arrêt les
méfaits de la société sénégalaise, des coutumes ou traditions et de la vie
dakaroise en général, en les introduisant minutieusement dans diverses
péripéties de l’histoire.
Il ne faut
pas oublier que l’histoire de Ramata Kaba est contée indirectement par un ivrogne, dans le bar
« Brise de mer » où l’héroïne est décédée la nuit précédente. Si le
roman est conté à travers la voix d’un homme désœuvré, qui passe ses journées à chercher des
cigarettes et à boire, c’est bien que l’auteur souhaite montrer, dès le début
du roman, la misère à laquelle sont réduits certains sénégalais. D’ailleurs,
l’alcool est un sujet très présent dans le roman d’Abass Ndione. En effet, ce personnage n’est
pas le seul alcoolique que l’on rencontre au cours du roman : le frère de
Ngor Ndong est aussi en proie à l’alcool, Ramata elle même finit par adorer le
vin au point d’en boire des quantités considérables, et puis, le bar « Copacabana »,
lieu insalubre plein d’alcooliques joue
un rôle majeur dans le roman. En effet, bien que Ramata soit riche et mène une
vie luxueuse, c’est dans cet endroit pauvre et rustique qu’elle retrouve Ngor
Ndong, qu’elle l’attend jusqu’à y mourir. Ainsi, à travers l’alcool, l’auteur
expose les misérables vies de tous ceux qui tombent dans ce cercle vicieux qu’est
l’alcoolisme.
Mais ce ne
sont pas que des points négatifs que l’on peut relever quand à la vie
contemporaine qui est dépeinte dans le livre.
En effet,
des personnages tout à fait attachant sont décrits, tout comme le gardien Ngor
Ndong, qui semble juste, honnête, et qui est présenté tel un brave homme qui
s’applique rigoureusement à suivre les consignes de travail… On aimerait, en
commençant le livre, pourvoir penser que ce sont ces personnes là qui feront
avancer le roman, ces personnes là qui représenteront la société sénégalaise.
Mais ce sont des personnages tels que Ngor Ndong qui seront par la suite
victime de toutes ces choses que Abass Ndione cherche à dénoncer.
Pour
commencer, l’abus de pouvoir et la corruption sont des thèmes qui ressortent
clairement à la lecture du roman. Ramata pense que, en tant que femme du
procureur général, elle devrait pouvoir rentrer dans l’hôpital à sa convenance.
De plus, comme le souligne Léna, « quand
le commissaire Ibnou
Faye découvre que Ramata est la femme de Matar Samb, il change de
comportement et se met aussitôt à ses services ».
Après son meurtre, c’est grâce à des billets de banque que Jackson étouffe l’affaire, promettant
notamment au frère de Ngor Ndong des millions de FCFA. Finalement, ce dernier
finira, désillusionné, plus pauvre qu’avant et sans travail. La presse aussi
apparaît corrompu, en particulier lors du passage concernant le journal
« L’œil ». La violence, la
torture, le viol, les coutumes telles que l’excision, la pauvreté, le
braconnage, l’alcoolisme… Abass Ndione dénonce tant de réalités dans son roman,
qui, finalement, ne concernent pas uniquement son pays, le Sénégal.
Le style d’écriture de
Abass Ndione :
Abass
Ndione n’écrit pas dans un langage difficile à comprendre, bien qu’il emploi un
vocabulaire soutenu et recherché.
De
nombreux dialogues sont relatés dans le roman. Ils représentent d’ailleurs la
majeure partie du livre. Dans ces passages où les personnages s’expriment par
discours direct, il n’est pas rare que ces derniers emploient un vocabulaire
plus ou moins soutenu et des phrases bien construites, même dans le cas de
villageois ou banlieusards (comme le frère de Ngor Ndong). On peut en déduire
que l’auteur « traduit » ce que les personnages auraient dit en
wolof, peul, sérère… (d’ailleurs, on retrouve fréquemment des tournures de
phrases typiquement wolof telles que « es-tu en paix ? »).
Sinon, peut-être que Abass Ndione cherche simplement à rendre la lecture plus
fluide en « arrangeant » ces passages de parole.
De
plus, certains mots comme
« essencerie » (station essence) semblent être très rarement employés
en littérature. Abass Ndione, lui, ne se prive pas de l’employer, comme à la
page 209 « il passe à l’essencerie ». En réalité, ce mot, qui fait
aujourd’hui partie du « français typiquement wolof », fait partie de
la langue française grâce à Léopold Sedar Senghor. Enfin, au début du roman, la pluie apparaît
comme une sorte de « fil conducteur ». On remarque que le roman
commence et donc termine sous la pluie, et que celle ci est présente presque
tout au long du livre.
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