jeudi 7 mai 2015

            Ramata est un roman noir ce qui veut dire qu'il est à la fois un roman de scandales. Ce livre raconte des faits scandaleux ou juste surprenants qui s'apparentent parfois à des faits divers. En effet des grands scandales y sont racontés (/dénoncés) ainsi que des scandales d'importance mineure qui pourraient se retrouver dans un magazine people. Le genre du roman noir est considéré comme une sous-catégorie appartenant au roman policier et a pour ambition de rendre compte de la (crue) réalité sociale d'un pays. Elle aborde souvent les histoires de mafia, de corruption, des affaires « trash »... qui hantent la vie de nuit. Le roman noir porte un discours critique, voire contestataire des petits scandales de la vie quotidienne mais aussi de ceux qui feraient rougir la Terre.


         Dans le roman d'Abasse Ndione plusieurs histoires pourraient alimenter la presse à scandales. Nous parlerons tout d'abord des scandales qui portent atteinte aux grandes valeurs de l'humanité et qui sont des réalités sociales qui parasitent cependant nombre de pays. Ensuite nous citerons quelques scoops, faits divers ou autres histoires qui pourraient figurer dans notre magazine à scandales.

           Ramata touche à des réalités qui sont combattues mais toujours existantes. Ce roman témoigne de l'abus de pouvoir et de l'oppression que peuvent exercer ce qui le possèdent notamment grâce à leur capital. En effet lorsque les lois sont dictées par des personnes puissantes, les conséquences peuvent être sans pareil. L'assassinat de Ngagne Demba, le portier de Matar Samb dans ce roman, montre les répercussions que pourraient être subies dans une société où la liberté d'expression n'existe qu'à moitié lorsque des comportements allant à l'opposé des voix dictatrices se manifestent.
« L'assassinat de Ngagne Demba Thiongane, déjà relaté par toute la presse, radios, télé, quotidiens, le lendemain même de la découverte du cadavre. (…) les mutilations atroces relevées sur le corps du gardien faisaient penser à un règlement de comptes par la langue sectionnée, les joues déchirées des commissures des lèvres aux pavillons des oreilles, et à un crime passionnel par l'émasculation du sexe et des bourses »
          La corruption, la ruse et la quête sans fin d'argent sont aussi abordées dans le roman. La manière par laquelle Jackson étouffe les raisons de la mort de Ngor Ndong est révoltante. Il trompe tout le monde et arnaque même son grand ami Matar Samb afin de l’escroquer cinq millions de FCFA. Il abuse de la faiblesse des autres et les exploite pour son propre intérêt. Il arrive à obtenir ce qu'il souhaite grâce à l'argent ce qui témoigne à quel point certaines sociétés sont rongées par la corruption.
          Ramata fait aussi part de la violence et de la brutalité aveugle qui peut exister, lorsqu'elle raconte la mort des trois dirigeants des étudiants de Dakar « enrôlés de force, [qui] avaient été sacrifiés lâchement ». Le récit macabre, dont voici l'extrait, crie au scandale dans l'histoire même car à la suite de leurs tortures, les étudiants manifestent.
« Caché dans les branches d'un arbre touffu , il avait assisté, horrifié, à la capture et à la mort de ses quatre compagnons. (…) les infortunés avaient été déshabillés, décapités, amputés des membres supérieurs et inférieurs, éventrés et éviscérés avec des machettes. (…) avaient prélevé certains organes, foie, sexe, cœur, et étaient enfin partis en les emportant avec leurs uniformes, leurs têtes et leurs armes ».

          De nombreux autres petits événements portant atteinte à la morale peuvent également soulever l'opinion publique et apparaître dans la presse. Cependant ces derniers font surtout écho à l'échelle nationale ou à l'échelle locale car ils sont parfois plus courants et donc banalisés. En voici quelques uns :

          Ngor Ndong est un bandit, il commet l'homicide de ses propres parents et de Tangara un grand commerçant de Dakar . Il tue Tangara, l'homme avec qui sa mère trompe son mari, le frère du père de Ngor Ndong, avec un lance pierre. « Il avait visé la tête de Tangara, les lanières de caoutchouc de sa fronde tendues à se rompre. La balle de latérite avait fait mouche. Tangara n'avait pas encore touché terre que Ngor Ndong s'était enfui en replaçant son lance-pierres au cou.. ». Puis il décide de tuer sa mère, ayant commis un adultère et Mbagnick Ndong qui avait vite fait d'oublier son frère à la vue de quelques billets et qui, s'étant marié avec la femme de son frère, restée veuve, devenait agressif et la battait. Le couple de fautifs meurt dans leur lit de conjoints frappés par les manies vengeresses de Ngor Ndong « Il s'avança et, avec d'infinies précautions, libéra le reptile inerte, mais bien vivant, entre eux ».
          L'agitation que Ngor Ndong créé dans son village mène à des conflits qui pourraient paraître dans les quotidiens comme étant des faits divers, « Sangalcam était ainsi divisé en deux clans prêts à en découdre : d'un côté, ceux dont Ngor Ndong était le coqueluche, les jeunes et les femmes surtout, qui le portaient aux nues, et de l'autre, ceux qui l'exécraient ». Une scène, notamment, est assez brutale et a au moins le mérite de choquer l'ensemble des villageois. Cette anecdote qui deviendra peut-être par la suite une sorte de rumeur, raconte comment un homme puni sa femme après qu'elle se soit abandonnée aux bras de Ngor Ndong, « Il traîna l'épouse en lamentations dans la rue, cassa une branche de neem, la battit cruellement, puis il arracha son pagne, écarta ses jambes et enfonça dans son v*gin un gros piment rouge qu'il gardait dans sa poche ».
          Le suicide de Matar Samb est un scandale dans le livre car il finit par se faire savoir (même si après, Emme Trois revient sur ses mots),
« L'édition de l'Oeil du Témoin, parue quinze jours après le décès de Matar Samb, fit l'effet d'une bombe comme l'hebdomadaire avait si bien l'habitude d'en faire éclater (…) Crise cardiaque ou pendaison ? Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'ancien ministre d'Etat Matar Samb ne  serait pas mort d'un arrêt cardiaque. Il se serait pendu à l'aide d'une corde. »
           Ensuite nous pourrions peut-être aborder dans un article les aventures et la manière dont Ramata trompe son mari et jouer sur son choix final entre Matar Samb et Ngor Ndong.
           La scène qui peut surprendre le lecteur est celle où Ramata déverse toute la vérité au sujet de tous ses mensonges avec une telle franchise qu'elle est à l'origine de l'attaque cardiaque de son mari, et plus tard, de son suicide :
Le clash de Ramata «  Tu veux absolument que je t'explique ? (…) Très rapidement je me suis aperçu que je ne t'aimais pas. Je ne t'ai jamais aimé, Matar, jamais. (…) Moi je mentirais si je disais que je l'étais avec toi [elle parle d'être heureuse], parce qu'il est impossible à une femme de connaître le bonheur auprès d'un homme qu'elle n'aime pas. (…) Il se trouve que tu ne m'atteins pas, Matar, tu ne peux pas m'atteindre. Comme tous les hommes que j'ai connu avant toi, comme tous ceux que j'ai connus après tout au long de notre mariage, car je t'ai trompé à plusieurs reprises. Un seul est parvenu à me satisfaire : Ngor Ndong. Je t'ai toujours menti, je t'ai toujours trompé, je ne sais même pas pourquoi j'agissais ainsi. Je suis une vraie salope (…) Tu ne peux pas comprendre, Matar, je suis devenu son esclave! »
           Ramata est au plus haut de l'échelle sociale et l'état où elle est retrouvée après le rafle serait un scoop digne d'un magazine de célébrités. Ramata est en effet prise en flagrant délit, « dans une baraque, complètement ivre, en compagnie d'un autre couple (…) sur les lits en pleine activité, le même Ngor Ndong (...), couché sur elle, en train de lui donner des cordes solides ».



            Selon moi, aucun des événements cités sont improbables étant donné que l'histoire est réaliste. Cependant il y a certaines histoires fictives ou certains mythes racontés, comme l'histoire qui prouve la sagesse d'un homme qui saurait tout et qui à un moment donné tiendrait son oeil dans la paume de ses mains. Ce roman raconte également des scènes surprenantes comme la maîtrise du taureau par Ngor Ndong comme la souligné massi mais qui ont tout de même une part de réalisme car elles sont physiquement possibles. 

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