Ramata
est un roman noir ce qui veut dire qu'il est à la fois un roman de
scandales. Ce livre raconte des faits scandaleux ou juste surprenants
qui s'apparentent parfois à des faits divers. En effet des grands
scandales y sont racontés (/dénoncés) ainsi que des scandales
d'importance mineure qui pourraient se retrouver dans un magazine
people. Le genre du roman noir est considéré comme une
sous-catégorie appartenant au roman policier et a pour ambition de
rendre compte de la (crue) réalité sociale d'un pays. Elle aborde
souvent les histoires de mafia, de corruption, des affaires
« trash »... qui hantent la vie de nuit. Le roman noir
porte un discours critique, voire contestataire des petits scandales
de la vie quotidienne mais aussi de ceux qui feraient rougir la
Terre.
Dans
le roman d'Abasse Ndione plusieurs histoires pourraient alimenter la
presse à scandales. Nous parlerons tout d'abord des scandales qui
portent atteinte aux grandes valeurs de l'humanité et qui sont des
réalités sociales qui parasitent cependant nombre de pays.
Ensuite nous citerons quelques scoops, faits divers ou autres
histoires qui pourraient figurer dans notre magazine à scandales.
Ramata
touche à des réalités qui sont combattues mais toujours
existantes. Ce roman témoigne de l'abus
de pouvoir
et de l'oppression que peuvent exercer ce qui le possèdent notamment
grâce à leur capital. En effet lorsque les lois sont dictées par
des personnes puissantes, les conséquences peuvent être sans
pareil. L'assassinat de Ngagne Demba, le portier de Matar Samb dans
ce roman, montre les répercussions que pourraient être subies dans
une société où la liberté d'expression n'existe qu'à moitié
lorsque des comportements allant à l'opposé des voix dictatrices se
manifestent.
« L'assassinat
de Ngagne Demba Thiongane, déjà relaté par toute la presse,
radios, télé, quotidiens, le lendemain même de la découverte du
cadavre. (…) les mutilations atroces relevées sur le corps du
gardien faisaient penser à un règlement de comptes par la langue
sectionnée, les joues déchirées des commissures des lèvres aux
pavillons des oreilles, et à un crime passionnel par l'émasculation
du sexe et des bourses »
La
corruption,
la ruse et la quête sans fin d'argent sont aussi abordées dans le roman. La manière par laquelle Jackson
étouffe les raisons de la mort de Ngor Ndong est révoltante. Il
trompe tout le monde et arnaque même son grand ami Matar Samb afin
de l’escroquer cinq millions de FCFA. Il abuse de la faiblesse des
autres et les exploite pour son propre intérêt. Il arrive à
obtenir ce qu'il souhaite grâce à l'argent ce qui témoigne à quel
point certaines sociétés sont rongées par la corruption.
Ramata
fait aussi part de la violence
et de la brutalité aveugle
qui peut exister, lorsqu'elle raconte la mort des trois dirigeants des
étudiants de Dakar « enrôlés
de force, [qui] avaient été sacrifiés
lâchement ».
Le récit macabre, dont voici l'extrait, crie au scandale dans
l'histoire même car à la suite de leurs tortures, les étudiants
manifestent.
« Caché
dans les branches d'un arbre touffu , il avait assisté, horrifié, à
la capture et à la mort de ses quatre compagnons. (…) les
infortunés avaient été déshabillés, décapités, amputés des
membres supérieurs et inférieurs, éventrés et éviscérés avec
des machettes. (…) avaient prélevé certains organes, foie, sexe,
cœur, et étaient enfin partis en les emportant avec leurs
uniformes, leurs têtes et leurs armes ».
De
nombreux autres petits événements portant atteinte à la morale
peuvent également soulever l'opinion publique et apparaître dans la
presse. Cependant ces derniers font surtout écho à l'échelle
nationale ou à l'échelle locale
car ils sont parfois plus courants et donc banalisés. En voici
quelques uns :
Ngor Ndong est un bandit, il commet l'homicide de ses propres parents
et de Tangara un grand commerçant de Dakar . Il tue Tangara, l'homme
avec qui sa mère trompe son mari, le frère du père de Ngor Ndong, avec un lance pierre. « Il
avait visé la tête de Tangara, les lanières de caoutchouc de sa
fronde tendues à se rompre. La balle de latérite avait fait mouche.
Tangara n'avait pas encore touché terre que Ngor Ndong s'était
enfui en replaçant son lance-pierres au cou.. ». Puis
il décide de tuer sa mère, ayant commis un adultère et Mbagnick
Ndong qui avait vite fait d'oublier son frère à la vue de quelques
billets et qui, s'étant marié avec la femme de son frère, restée
veuve, devenait agressif et la battait. Le couple de
fautifs
meurt dans leur lit de conjoints frappés par les manies vengeresses
de Ngor Ndong « Il
s'avança et, avec d'infinies précautions, libéra le reptile
inerte, mais bien vivant, entre eux ».
L'agitation
que Ngor Ndong créé dans son village mène à des conflits qui
pourraient paraître dans les quotidiens comme étant des faits
divers, « Sangalcam
était ainsi divisé en deux clans prêts à en découdre : d'un
côté, ceux dont Ngor Ndong était le coqueluche, les jeunes et les
femmes surtout, qui le portaient aux nues, et de l'autre, ceux qui
l'exécraient ».
Une scène, notamment, est assez brutale et a au moins le mérite de
choquer l'ensemble des villageois. Cette anecdote qui deviendra
peut-être par la suite une sorte de rumeur, raconte comment un homme
puni sa femme après qu'elle se soit abandonnée aux bras de Ngor Ndong, « Il
traîna l'épouse en lamentations dans la rue, cassa une branche de
neem, la battit cruellement, puis il arracha son pagne, écarta ses
jambes et enfonça dans son v*gin un gros piment rouge qu'il gardait
dans sa poche ».
Le
suicide de Matar
Samb est un scandale dans le livre car il finit par se faire savoir
(même si après, Emme Trois revient sur ses mots),
« L'édition
de l'Oeil du Témoin, parue quinze jours après le décès de Matar
Samb, fit l'effet d'une bombe comme l'hebdomadaire avait si bien
l'habitude d'en faire éclater (…) Crise cardiaque ou pendaison ?
Contrairement à ce qui avait été annoncé, l'ancien ministre
d'Etat Matar Samb ne serait pas mort d'un arrêt cardiaque. Il
se serait pendu à l'aide d'une corde. »
Ensuite
nous pourrions peut-être aborder dans un article les aventures et la
manière dont Ramata trompe son mari et jouer sur son choix final
entre Matar Samb et Ngor Ndong.
La
scène qui peut surprendre le lecteur est celle où Ramata déverse
toute la vérité au sujet de tous ses mensonges avec une telle
franchise qu'elle est à l'origine de l'attaque cardiaque de son mari, et plus tard, de son suicide :
Le
clash de Ramata «
Tu veux absolument que je t'explique ? (…) Très rapidement je
me suis aperçu que je ne t'aimais pas. Je ne t'ai jamais aimé,
Matar, jamais. (…) Moi je mentirais si je disais que je l'étais
avec toi [elle parle d'être heureuse], parce qu'il est impossible à
une femme de connaître le bonheur auprès d'un homme qu'elle n'aime
pas. (…) Il se trouve que tu ne m'atteins pas, Matar, tu ne peux
pas m'atteindre. Comme tous les hommes que j'ai connu avant toi,
comme tous ceux que j'ai connus après tout au long de notre mariage,
car je t'ai trompé à plusieurs reprises. Un seul est parvenu à me
satisfaire : Ngor Ndong. Je t'ai toujours menti, je t'ai
toujours trompé, je ne sais même pas pourquoi j'agissais ainsi. Je
suis une vraie salope (…) Tu ne peux pas comprendre, Matar, je suis
devenu son esclave! »
Ramata
est au plus haut de l'échelle sociale et l'état où elle est
retrouvée après le rafle serait un scoop digne d'un magazine de
célébrités. Ramata est en effet prise en flagrant délit,
« dans une baraque, complètement ivre, en compagnie d'un autre
couple (…) sur les lits en pleine activité, le même Ngor Ndong
(...), couché sur elle, en train de lui donner des cordes solides ».
Selon
moi, aucun des événements cités sont improbables étant donné que
l'histoire est réaliste. Cependant il y a certaines histoires
fictives ou certains mythes racontés, comme l'histoire qui prouve
la sagesse d'un homme qui saurait tout et qui à un moment donné
tiendrait son oeil dans la paume de ses mains. Ce roman raconte
également des scènes surprenantes comme la maîtrise du taureau par
Ngor Ndong comme la souligné massi mais qui ont tout de même une
part de réalisme car elles sont physiquement possibles.
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