lundi 13 avril 2015

Si Ramata était...

Si Ramata était une image, ce serait cette photographie de la sculpture Orpheus Ascending de Richard McDonald. La femme, assimilable à Ramata, dévêtue de tout artifice, s’abandonne au bras de son compagnon, qui seul la retient au fil de la vie. La souffrance passée et les tourments présents de Ngor Ndong, le triple meurtre, la prison, la vie dans la crainte d’y retourner, semblent inscrits sur le visage de cet homme, tandis que la femme, yeux bandés, ne devine, ou refuse de voir le mal évident qu’elle cause autour d’elle, le fardeau qu’elle constitue, ainsi que Ramata ne se préoccupe que de son « infirmité », de sa passion, bref de son bonheur propre.

Si Ramata était une odeur, ce serait celle caractéristique des bistrots de bas étage. À la fois repoussante et attirante, ce puissant mélange de senteurs d’alcool, de cigarette, d’urine, de transpiration, où néanmoins traîne toujours une légère trace de parfum, est à l’image de la grande diversité du roman. Tantôt dans une villa du plus haut standing, tantôt au petit village de Saraya, pour terminer au Copacabana l’intrigue nous mène en des lieux parfois impensables, fait découvrir des machinations affolantes, dont tous nous connaissons vaguement l’existence, l’odeur lointaine.

Si c’était un plat, ce serait du scorpion jaune. Parce que ce met, pourtant sucré et délicat, est repoussé par tous, en raison de son apparence, de ce qu’on sait de la dangerosité de l’animal. De même la carapace féroce, égoïste, venimeuse de Ramata, cette femme qui causa la mort d’un homme sans s’en soucier outre mesure, cache un être seul, dévoré par un handicap longtemps dissimulé. En outre, roman et plat sont si riche, si savoureux qu’une fois entamés, il est presque impossible de ne pas les dévorer.

Si le roman était une mélodie, ce serait No habrá nadie en el mundo de Concha Buika. L’accompagnement simple, vrai, de la guitare espagnole et du piano, mélange de jazz et de flamenco, plonge déjà dans la réalité passionnée du roman. Ces paroles, décrivant bien l'incompréhension de Ramata face au comportement de Ngor Ndong, son seul amour, dont elle se convint désespérément qu’il lui reviendra; " yo no comprendo que tú me lastimes"  (= je ne comprends pas que tu me fasses du mal), « cuando tú vuelvas (...), te como a besos » (= quand tu reviendras, je te mangerai de baisers), se voient appuyées pat la voix éraillée de l’interprète et ses nombreux mélismes mélodramatiques. (lien)

Si ce roman était un objet, ce serait l'ardent sable de plage, lorsque le soleil atteint son zénith. Aux premiers pas, sa douce chaleur des pieds envahit le reste du corps. Ainsi Ramata séduit ses victimes, leur inoculant son doux poison d'amour. Puis de menus picotements commencent à se faire ressentir, avant de nous dévorer tout à fait la plante des pieds, sans crier gare, tout comme la femme abrège rapidement la vie de son époux, n'ayant pas supporté d´être trompé, à la différence près que sa période de douceur à lui aura duré un quart de siècle.

                                                                                                             Yona

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