La seconde couverture proposée est un dessin de l'héroïne, nue, sur un lit. Cette couverture rappelle le côté "traditionnel" de Ramata (sa nudité, ses tresses, le fait que ce soit un dessin) qui n'est autre qu'une villageoise au début de son existence. En effet, dans le livre, Abass Ndione revient longuement sur son enfance au village, térrorisée par celles qu'elle appelle "les trois sorcières". Elle ne sourit pas, à l'air triste.
La troisième couverture proposée, beaucoup plus sombre, montre une Ramata menaçante, grave, dangereuse. Son oeil blanc contraste fortement avec son maquillage noir, sa peau presque rouge.
Sur la quatrième couverture proposée, le visage de l'héroïne est représenté entre ombres et lumières. Ces contrastes coïncident avec les différentes opinions qu'on peut se faire de cette femme à la lecture du roman. Son long cou prouve son élégance, sa noblesse... Enfin, le fond vert en arrière plan peut signifier l'espoir, cet espoir qui permet à Ramata de survivre et qu'elle ne semble jamais perdre en attendant Ngor Ndong jusqu'à sa mort.
La couverture qui correspond le plus à mes impressions de lectures est la dernière proposée. Ramata y apparaît simple, sans artifices, naturelle. C'est exactement l'image que je me suis faite d'elle au fil de la lecture, malgré toute la sophistication et la coquetterie qu'elle incarne tout au long du roman. Pour moi, il s'agit d'une femme triste et non épanouie, à qui la vie semble tout avoir offert mais qui est en réalité si pauvre et malheureuse.
C'est l'allégorie de la femme noire, de la femme nue comme l'a magnifié Senghor (président poète qu'Abbass Ndione cite dans son roman) dans son poème Femme Noire. Ce poème me rappelle fortement cette couverture, ainsi que le personnage et la destinée de Ramata. ("Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.")
Et si ce poème avait inspiré Abass Ndione ?
Femme noire
Femme nue, femme noireVétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
Léopold Sédar Senghor, Chants d'ombre
Je suis d'accord avec l'analyse de Jeanne sur le fait qu'Abasse Ndione s'est surement inspiré du poème de Senghor.
RépondreSupprimerBien dit Jeanne! Cela se rapproche vraiment du poème "Femme Noire" de Léopold S. Senghor et on a l'impression qu'il s'agit bel et bien d'une même idée ayant inspiré les deux auteurs.
RépondreSupprimer